Les coiffes à armatures de la Manche

Le milieu du 19eme siècle (1830/1870) période faste de la monarchie de juillet, a vu la naissance et la magnificence dans le déploiement des "COIFFES D’APPARAT MANCHOISES".

Cette nouvelle monture à armatures faite de fils de cuivre fixés sur un bonnet rigide, qui remplaçait l’opacité du sous-bonnet, permettait avec légèreté de soutenir un plus grand volume du fond.
Ce système permettait par la transparence de la lumière de faire ressortir et de sublimer les divers points de broderie utilisés, en bouquets ou en guirlandes, qui ornaient le tulle des fonds qui habillaient cette forme en fils.

Ce fond s'arrêtait au ras du haut du bonnet, son volume était resserré sous une grande lunule ou passe qui servait de jonction avec les 2 ailes superposées qui étaient posées sur le bonnet en leur milieu. Les extrémités se relevaient vers le haut, tels des ailes d’oiseau de mer. Ces 2 ailes étaient garnies sur leur pourtour de très belles valenciennes plus ou moins larges, cousues à plat ou froncée.
Armature cousue sur le bonnet carton = monture
Armature cousue sur le bonnet carton = monture d'origine

Cette époque fut la plus emblématique, ces coiffes étaient plus qu’une carte d’identité d’aujourd’hui pour le monde qui les voyait : code de lieu, code d’origine, codes des moyens de subsistance et code du train de vie.

Coiffe  à armature de Gavray avec ailes
Coiffe à armature de Gavray
avec ailes

L’armature en fil de cuivre rouge (et non de laiton) servait à donner une forme fixe représentant le code du lieu d’habitation. Cette forme pouvait avoir un volume plus ou moins important pour marquer le statut social qu’on s’accordait. De ce fait la grandeur du fond de la coiffe était plus grande avec plus de broderies suivant son statut.

- Le tulle de support avait des mailles plus ou moins fines, les plus fines donc les plus chères.
Plus les broderies étaient fournies, signe de richesse ...
- Les points de broderie et les brodeuses qui les faisaient étaient souvent concentrées sur un ouvroir dans un périmètre précis, donc moyen de localisation.
- Le genre de tissus utilisé pour la construction des ailes ainsi que leurs formes sont des indices de localisation.
- Les dentelles de valenciennes des ailes étaient différentes de l’est à l’ ouest et du nord au sud. Leur façon d’être cousues et leur largeur aussi.
La future propriétaire, en fonction de son lieu de vie et de ses finances, choisissait les éléments qui allaient construire sa propre coiffe.
A travers cette coiffe, LA MANCHOISE va se départager de ses congénères en affichant ainsi son identité avec ses propres codes...

Le summum et le point final était le ruban de soie, broché ou brodé, réversible et large de 10 à 12 cm, parfois 15 et très coloré.
Dans les bocages ce ruban faisait ou pas le tour du bonnet mais garnissait l’arrière d’un gros nœud dont les 2 pans tombaient sur la nuque.
Dans la presqu’ile il faisait tout ça, plus un autre nœud qui était rajouté sur le devant du bonnet, au milieu et à hauteur de la passe (facultatif).
Une épingle en or était piquée sur le bonnet, dans l’alignement de l’arête du nez, à travers les ailes pour les empêcher de se lever au vent … et voilà la merveille, prête à être portée ...

Ces coiffes à armatures et d’apparat étaient essentiellement utilisées pour les grandes sorties.
Leur utilisation: la messe du dimanche et des fériés, les vêpres, pour les fêtes (baptèmes, communions, mariages, ...) et pour accompagner les hommes, en marchant un pas devant lors des grandes foires aux bestiaux, pour annoncer la couleur du porte-monnaie !

Ces coiffes ne se mettaient que juste avant de sortir de la maison (et toujours sur un serre-tête qui bloquait la chevelure) et elles étaient retirées au retour dans l’entrée et rangées dans un meuble à part.
Pour naviguer dans la maison elles remettaient un bonnet d’intérieur sur leur serre-tête pour le reste de la journée. Si elles étaient invitées, même en cérémonie, elles mangeaient en bonnet et elles dansaient en bonnet ... la logique est imparable ... et tellement évidente !!!







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Les coiffes à barbe




Un autre modèle de coiffes à armatures a été porté à cette même période.

Dans la Manche, la différence venait du fait qu’elles n’avaient pas d’ailes et qu'à leur place, une très longue barbe de valenciennes habillait le bonnet.
Puis de chaque côté on la remontait vers le haut et en suivant un codage, on les attachait à un endroit défini sur un fil de l’armature. A partir de là, le reste de la longueur de cette barbe retombait en 2 pans sur les épaules, ce qui était très gracieux car elles bougeaient au vent.

Ces barbes dans la Manche étaient en valenciennes, soit avec un entre-deux au milieu, soit les dentelles étaient cousues dos a dos. Chaque extrémité formait un arrondi en les fronçant fortement au montage.

Ces coiffes sont apparues par influence au travers des frontières avec le Calvados. On les retrouve dans un périmètre correspondant au tiers central du département.
Coiffe à armature de Percy avec barbe
Coiffe à armature de Percy
avec barbe

Cette idée a migré par les maraichères de la côte Ouest allant vendre leur production sur les marchés de la frontière Est.
On en recense au moins une vingtaine, dont la Frégate de la H.D.P, la Barbue de Pirou, le Ballon de Percy, la Carentillaise d'Annoville, le Sabot de St. Gilles, la ? de Periers, ...
Ces coiffes sont disparues comme les autres en 1870.






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Les coiffures d'apparat 1830/1870
"sans armature"
dans l'Avranchin et le Mortainais




D’abord les coiffures de Granville et de ses alentours, qui est comme une enclave dans le département, une colonie implantée là, par choix.

Bavolette authentique  de GRANVILLE 1840
Bavolette authentique de GRANVILLE 1840

Les modes dans cette enclave ne suivent en rien les évolutions extérieures du reste du département. Leur évolution est intérieure.
De fin 18eme à la fin du19eme, c’est un bonnet dérivé de la Cornette qui sera toujours porté, évoluant autour de lui-même dans le temps.

Il sera appelé aussi Caosnée puis Bavolette.

Il sera construit en différentes matières : depuis le lin, les divers cotons, jusqu'à la plus fine mousseline, suivant leur usage, la classe sociale et la richesse de leur propriétaire.

Autour de cette micro-région, on est donc dans le SUD de la Manche.

Nous sommes dans le talon du département, qui a 4 frontières terrestres avec les départements de l’Ille-et-Vilaine, de la Mayenne, de l’Orne et du Calvados.
Chacun apporte son influence et ses tendances extérieures vers l’intérieur.

L’évolution en 1830 a fait disparaître les Pierrots de mousseline, vers des formes et des matières plus riches, tout en gardant le grand cône de carton comme base.

A AVRANCHES, il y en eu 2 modèles : le papillon (d’une paroisse) et l’abeille (de l’autre).





Le papillon : en tulle brodé, avait 1 ou 2 ailes superposées, en forme de trapèze, garnies de dentelle posée à plat, le tout terminé au sommet par un mini fond brodé soutenu par des fils de modiste, ce qui donnait différentes formes de boules.

PAPILLON d'AVRANCHES 1850
PAPILLON d'AVRANCHES 1850

ABEILLE d'AVRANCHES 1850
ABEILLE d'AVRANCHES 1850







L’abeille : en tulle brodé, n’avait souvent qu’une épaisseur d’aile, mais parfois 2. Ces ailes avaient « des angles » arrondis, la dentelle qui les entourait été posée en fronces.

Les différents points de broderie étaient utilisés d’une coiffe à une autre, ainsi que différentes dentelles, question de goût.

A PONTORSON, se portait une coiffure de tulle et dentelle, en forme de Bicorne.

Le MORTAINAIS a eu des influences croisées, Calvados et Orne, très fortes. Il n’y a pas de bases précises dans cette région, c’est en fonction du lieu d’habitation.
Il s’y portait des bonnets ronds, des pierrots, des bavolets ...



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